Donnant donnant

janvier 28, 2008

 

Ceci est un billet rédigé dans le cadre du premier carnaval des blogs médicaux, dont le thème est “relation soignants / soignés”

 

 

“Je n’ai jamais vu un service où on écoute autant les patients !” s’écrie-t’elle tout à coup, avant de tourner les talons et de quitter précipitamment la pièce, nous laissant toutes les deux seules.

Je reste quelques secondes perplexe, me demandant où elle a bien pu exercer auparavant, car personnellement je n’ai jamais vu un service où on écoute si peu les patients.

Je ne m’occupe que depuis quelques jours de Mme T., depuis que nous (les internes) avons changé de secteur au sein du service. Elle est hospitalisée depuis le début de notre stage, donc bien sûr je la connais un peu, ayant suivit au fil des transmissions médicales ses extubations et réintubations à répétition.

Durant ces quelques jours, j’ai vite constaté que Mme T. ne manquait ni de courage, ni de motivation, et qu’elle était prête à nous suivre dans toutes nos expériences, si tant est qu’on ai pris le temps de lui en expliquer les tenants et les aboutissants. Malgré la sonde d’intubation l’obligeant au mutisme, communiquer avec elle est facile, et nous avions longuement discuté les jours précédents des modalités de son extubation. Pas question alors de baisser les bras si tôt.

Jusqu’à présent, toutes les tentatives de ventilation non invasive avec Mme T. se sont révélées infructueuses, elle ne supporte pas la machine. Je décide donc de reprendre tout à zéro. Sa maladie et ses conséquences, pourquoi nous avons jugé qu’il était temps de l’extuber à nouveau. Pourquoi nous pensons que la VNI peut l’aider. Je m’interromps régulièrement pour lui laisser le temps de poser ses questions, auxquelles je réponds le plus honnêtement possible.

Enfin, je lui explique comment fonctionne le ventilateur, de A à Z.

“Alors, on essaye à nouveau ?”

“Et si ça ne marche pas ?”

“ça va marcher, ayez confiance” lui réponds-je en lui prenant la main. et à la façon dont elle me rends mon sourire, je sais que l’avenir me donnera raison et que je ne lui aurais pas menti.

Je crois que nous aurions été les personnages d’un film, que les choses ne se seraient pas mieux passées. Comme quoi il n’y a pas que dans Urgences que les docteurs soignent avec des poignées de mains et des sourires.

Une fois le masque installé, et la machine mise en route, je lui réexplique encore le principe, sans lui lâcher la main, et en quelque secondes, c’est le déclic, elle a compris comment il fallait s’y prendre.

Dix jours plus tard, elle part en rééducation. Elle me remercie d’avoir été là pour elle. je lui ai sauvé la vie me dit-elle.

C’est la première fois qu’on me dit ça.